Ce que j’ai appris de l’industrie textile française

Alors voilà, pour ceux que ça intéresse, je me suis dit que j’allais faire un petit retour d’expérience sur mon passage express dans le monde de la production textile.

Je suis arrivée sur le projet d’Ema alors qu’elle avait dores et déjà dessiné sa collection, réalisé  les fiches techniques de ses modèles (sur lesquelles je vais revenir) et la réalisation de ses patrons et prototypes était en cours.

Les « fiches techniques » ce sont… En language informatique (qui vient probablement du vocabulaire industriel?), ce sont des spécifications générales. Elles sont composées d’un dessin technique qui n’est autre que la mise à plat de votre vêtement, de face et de dos, avec le positionnement des coutures, systèmes de fermetures, épaulettes etc. , et de tous les autres détails nécessaires au modéliste pour faire le premier patron.

A partir de ces fiches techniques, la modéliste (peut être la styliste, peut être quelqu’un d’autre) réalise le « patron » (qui constitue en fait les spécifications détaillées du modèle), dans une taille unique (je crois que le standard, c’est la taille 36). A partir de ce patron, elle produit une « toile » = un exemplaire du vêtement dans un tissu pourri (la toile), pour corriger/valider le sus-mentionné patron. J’imagine qu’à ce stade on fait plusieurs itérations, jusqu’à ce que le modèle soit pré-validé.

Pré-validé parce qu’il faut encore voir ce que cela donne dans le tissu final. Et là on réalise un « prototype » qui devient la tête de série si le modèle est validé tel quel. Pourquoi cette étape supplémentaire de validation me demandez-vous? Eh bien parce que le rendu dans le tissu final c’est très important. Il faut valider le tombé, la tenue. On peut décider de changer complètement de tissu. Ou imaginons que vous ayez en tête l’assemblage de deux tissus à motifs qui finalement, avec les coupes et coutures, ne donne rien qu’un gloubiboulga de motifs.

Quand le prototype est validé (et le patron corrigé), on peut passer à l’étape d’après, c’est à dire la « gradation ». La gradation, ça peut se faire à la main si on sait faire et qu’on a le temps mais globalement c’est beaucoup plus rentable de demander à un ordinateur de ne faire. On scanne le patron (enfin c’est pas tout à fait un scan, on redessine le patron sur une table numérique) et on fait tourner la moulinette et ça vous ressort votre patron dans toutes les tailles demandées.

Une fois qu’on a son patron dans toutes les tailles, qu’on a récupéré tout le matos (tissus et fournitures), on peut lancer la « façon » c’est à dire la production en séries chez un façonnier.

Voilà en très rapide le processus de production d’un vêtement.

Pour chaque étape, on peut avoir un sous-traitant différent. Il existe aussi des offres complètes qui s’occupent de tout jusqu’à la façon. Vous leur donnez votre esquisse et ils gèrent le reste. En gros vous vous prenez pour les soeurs Olsen, ou Gwen Stefani ou je ne sais qui et vous alignez le cash et vous avez votre collection.

Ce qui m’a surpris quand j’ai bossé avec Ema c’est à quel point l’industrie manque de visibilité sur internet. Trouver un sous-traitant n’est pas chose aisée. Trouver un fournisseur non plus. Peu ont un site web (et franchement ceux qui en ont feraient bien de tout refaire), il faut se déplacer dans des salons, passer par le téléphone, voire le fax (!). Il existe des annuaires, mais pas grand chose de mieux.

Avis aux développeurs de site web : il y a un marché à prendre. Je ne peux pas croire qu’Ema et moi-même ayons été les seules à avoir ces difficultés, et au final certains founisseurs/sous-traitants ont été choisis uniquement parce qu’ils avaient une vitrine internet.

Ensuite il y a un véritable trou dans l’offre. On ne s’adresse qu’aux gros. Si tu veux faire du petit volume tu es baisée. Je ne comprends pas pourquoi les fournisseurs n’essayent pas de regrouper la demande des petits pour écouler leurs surplus, ou pourquoi les petits ne le font pas (enfin si, là j’ai ma petite idée, il y a une telle paranoia de la copie que s’associer avec d’autres c’est compliqué).

Donc barrière à l’entrée importante au niveau de la production alors qu’au niveau de la vente de détail le marché existe. Je trouve ça aberrant. D’autant plus que potentiellement petit deviendra gros. Encore une fois on est dans une vision court termiste de maximisation du profit.

Allez, demain je lance une coopérative.

Tit’anne

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3 comments for “Ce que j’ai appris de l’industrie textile française

  1. Clyo
    25 mai 2013 at 8 h 07 min

    Super article, très bien expliqué. Je cherchais des infos sur l’industrie du textile, ça m’a bien éclairé. Merci!

  2. ludo
    25 novembre 2014 at 18 h 07 min

    OUI super article je me lance dans la création de polo Made In France et j’en suis justement a démarcher des façonniers,stylistes etc……..
    Et je suis pas au bout de mes peines, mais toujours motivé, merci pour cette article.

    • Anonyme
      2 avril 2016 at 10 h 31 min

      Bonjour
      Je suis fauconnier , je souhaite vous proposer mes services pour des petites série
      j ai un atelier dans un incubateur avec tout le matériel nécessaire pour une production
      vous pouvez me contacter pour plus de renseignements a ce n de téléphone 0651512143
      Cordialement Mme Ferkal

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