Ce que veulent les « Girls » (le remake)

« Girls », c’est une histoire de contradictions (et de sexe). C’est la mise en image (avec talent) d’une confrontation, celle de notre patrimoine symbolique de femme (pensez déesse de la fécondité, princesse de conte de fées, femme d’intérieur des années 50, vierge Marie, Jeanne D’Arc, miss France, tout ça tout ça) avec une nouvelle « pensée » de la femme (ouai tout ça, et nan, c’est pas chiant pour autant).

« Girls » était annoncé comme le nouveau « Sex & The City ».

Je réponds « Marketing de bas étages pour appâter le chaland ». Certes il y a « The City » (les girls habitent à New York). Certes il y a du « Sex », et plutôt deux fois qu’une (là c’est moi qui cherche à appâter le chaland) mais exit les paillettes, les intérieurs parfaits, les amitiés fusionnelles et les fringues de couturiers.

Girls est au mieux, la version désenchantée/gueule de bois de « Sex & The City ». En héritage : du sexe décomplexé, mais c’est à peu près tout. 

En résumé c’est l’histoire de quatre nanas ; Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna, et de leurs déboires relationnels (et oui, sexuels aussi _beaucoup_ rassurez-vous).

Mais revenons à cette malheureuse comparaison.

Dans « S&TC »,  la sexualité sans complexe était présentée comme preuve incontestable de l’épanouissement et de l’émancipation de la femme. Ici les choses sont à mon sens plus subtiles.

Chaque nana cherche à s’émanciper du carcan dans lequel le monde la maintient, lequel dépend d’un ensemble de paramètre, les plus flagrants étant : son physique et son éducation.

La recherche de transgression est  finement déclinée en fonction de chaque personnage. Et le bénéfice de la transgression n’est jamais présenté comme « évident » (alors que dans « Sex & The City », rien ne semble remettre en cause le bien fondé d’une bonne partie de jambes en l’air).

Voilà ce qui explique ma surprise en lisant dans l’article « Que lire en attendant le retour de « Girls » » (merci Slate de me comprendre, et de sélectionner les journalistes qui me caressent_platoniquement_dans le sens du poil) que Lena Dunham (le nom de l’actrice jouant Hannah, le personnage principal _qui se trouve aussi être la créatrice, scénariste et réalisatrice) est une « bien baisée ».

Car j’imagine que pour avoir ce niveau de recul sur la question, il faut un peu de vécu. S’inspirer de faits réels comme on dit.

Lena joue Hannah, j’en déduis par un raccourci que je m’autorise, qu’Hannah et Lena partagent une partie de leur histoire.

Quelle histoire ?

Hannah est légèrement exhibitionniste, elle porte des tatouages sur ses bourrelets blancs et a un vocabulaire ultra développé parce qu’elle se veut écrivain. Elle a un mec (cute dumbo bodybuildé) qui met en scène pour elle une sexualité de films pornos. Ce qui intéresse Hannah, intellectuellement. Le comble de la femme libérée n’est-il pas de se laisser dominer car se sachant dominante intellectuellement ?  Chez un homme ce serait signe de libération particulièrement avancée non ? C’est intellectuellement cohérent.

Mais la sexualité intellectualisée ça perd de sa saveur. Hannah est fière d’être aventureuse mais ne grimpe pas au rideau. Elle attend poliment que ça se passe. En réalité, elle rêve d’un prince charmant. Un mec attentionné qui lui tienne la main et l’appelle tous les jours. Eh oui. La grosse tatouée est fleur bleue.

Hannah c’est le contraire de Marnie, sa meilleure amie. Marnie est une bombe de bonne famille. La fille saine, belle, sportive, en couple depuis 10 ans quand elle en a 25, magnifique et innocente comme une biche.

Sauf que. Marnie ne supporte plus son prince (attentionné, mignon et intelligent, prêt à tout pour elle), elle veut un méchant garçon. Elle ne se sent pas femme si elle est désirée gentiment. Le rôle de princesse l’ennuie.

La punk trash fleur bleue est donc la meilleure amie de la fille bien sous tout rapport qui rêve de feu dans la culotte. Voyez la symétrie.

Je pense que l’avenir immédiat de la femme est dans la cohabitation des extrêmes (comme l’avenir de la société me direz-vous). Si on regarde « Girls », on s’aperçoit que finalement aucune n’est « bien baisée » (au sens « épanouie ») parce qu’elles sont élevées (par leurs parents, la société, les amis et tout et tout) pour ressembler à des stéréotypes opposés (être une princesse tout en étant libérée… être une femme fatale mais garder une part d’innocente et de pureté… être carriériste mais surtout être une bonne mère…).

Alors oui, les femmes c’est compliqué, les femmes ne savent pas ce qu’elles veulent, blablabla… C’est parce qu’elles veulent tout ce qui est possible. Et le champ des possibles s’est sensiblement agrandi.

Nous sommes des équilibristes. La femme n’est plus un tout cohérent et homogène mais une somme d’aspirations infinies et parfois opposées.

Tit’Anne

PS : tout ça pour dire que si vous n’avez pas vu « Girls », vous avez loupé quelque chose.

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2 comments for “Ce que veulent les « Girls » (le remake)

  1. 4 juillet 2012 at 19 h 04 min

    Quel dommage que tu n’aies pas laissé un commentaire sur Slate, sous l’article!

    • titanne
      8 juillet 2012 at 21 h 42 min

      Aie, je crains l’impair. Bon c’est un peu tard mais je tente réparation…

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