J’ai lu « Fifty Shades » et j’ai aimé ça (#sorryfeminists)

Pour les hermites : Fifty Shades = Fifty Shades of Grey = Cinquante Nuances de Grey = vous n’avez qu’à Wikipéder bande d’inCULtes. 

Victime consentante du matraquage médiatique, je me suis laissée aller à la médiocrité de l’appelle des fesses.  J’ai posé mes yeux, pendant plusieurs heures, sur une écriture sans intérêt, pour mon seul plaisir sexuel.

J’ai donc d’une certaine manière partagé un plaisir solitaire avec plus de 40 millions de personnes. Ca fait tout drôle.

Jusqu’ici les instants de ma vie que je savais partager avec des millions de mes congénères (car paraitrait que la majorité de ces 40 millions d’amateurs de cravaches sont des femmes) c’était notamment et au hasard : la larmichette à la fin de Titanic, la pose de mon mascara tous les matins et la peur des étriers (les hommes ne peuvent pas comprendre).

Je ne comprends pas tout ce parlottage autour de la qualité du roman. Est-ce qu’on se demande, dans les media mainstream en tout cas, si le dernier porno de Dorcel était «intelligent » ? Si vous avez connaissance de critique façon cahier du cinema, ça m’intéresse… Parle-t-on de la qualité de la mise en scène, du jeu d’acteur ou encore des ressorts scénario ? Est-ce qu’on ne s’en fout pas un peu beaucoup?

Ce qui m’a émoustillée a suscité mon intérêt, c’était l’idée de partager avec des millions d’autres femmes, un produit sexuel. Parce que j’ai des fantasmes sexuels étranges Parce que c’est rare. Je m’explique.

Fermez les yeux, détendez-vous (oubliez les étriers ou pensez à la cravache, comme vous préférez). Je vais vous poser une question. Je vous demande de ne pas réfléchir, de noter la réponse qui vous vient spontanément en tête.

Qu’est-ce que c’est pour une femme (dans la moyenne des femmes standard-normales-pas-trop-différentes-de-la-masse), « acheter » du sexe ?

Alors? Vous êtes envahis par un flot d’images ou c’est le vide intersidéral?

Bizarrement pour un homme quantité de réponses viennent : payer une prostituée, une poupée gonflable (certes il existe des modèles masculins très sympathiques, je connais une heureuse propriétaire_ il s’appelle Black Jack), ou télécharger un film porno piraté sur internet, #sorryMarc acheter un film porno sur la VOD, acheter un magazine porno. Des produits à but purement masturbatoire _ pardon, auto érotisant restons corrects_ ou l’acte en lui même.

Alors oui les femmes peuvent aussi consommer et consomment ce type de produit / prestation. Mais ça n’est pas banalisé de la même manière. Je ne connais pas les chiffres mais j’imagine qu’on n’est pas du tout dans les mêmes proportions. De manière générale, vous admettrez qu’on parle beaucoup moins de la masturbation féminine que masculine dans la culture de masse _films pour ado, blagues potaches & co.

Les magazines féminins quant à eux ne font que tourner autour du sujet, donner des conseil, fournir des témoignages. On voit quelques fictions coquines épisodiquement distillées à la fin de Elle mais on n’admet pas vraiment la raison d’être de la chose. La plupart du temps, les femmes étudient le sexe (encore le cerveau). On parle du comment, on donne des techniques, on analyse des expériences. Mais on n’est pas là pour mouiller. Ca, c’est trop intime. Pour une femme s’entend. Son besoin masturbatoire appartient à son intimité, quand celui de l’homme est naturel culturel, affiché, banalisé (même si quantité de nanas sont dans un déni total vis à vis de la masturbation masculine).

Et donc, pour revenir à Fifty, enfin voici un produit masturbatoire de masse pour nous les femmes. Un truc fait pour s’auto érotiser le cerveau (car c’est bien connu, les femmes se masturbent le cerveau, ce qui les différencie des hommes qui se masturbent le pénis).

Ca c’est révolutionnaire. On touche pipi au sujet brulant, sans chichis (mis à part toutes ces tentatives de critiques littéraire (notamment ici, ou encore  et ici) absolument hors sujet).

Nos « besoins » sexuels banalisés ça veut dire exprimés. Ca ouvre des portes. Celles d’une sexualité décomplexée et démystifiée pour la femme. Simplifiée en fait. T’as envie de cul poulette, et c’est normal. T’as le droit le vivre ta sexualité indépendamment de l’autre et uniquement pour le plaisir.

La forme de Fifty Shades me semble tout à fait hors sujet (je suis plutôt de ce point de vue ). L’analyse psychologique du fantasme aussi. Des millions de femmes qui fantasment d’être dominées serait une défaite du féminisme ? Et si on commençait par nous lâcher les tétons. Si on nous laissait le droit de ne pas nous poser de question. Peut-être que nos désirs fondamenteaux (et non construits) auraient plus de chance d’émerger.

Quant à savoir si le BDSM décrit dans le bouquin est authentique franchement… Nan mais franchement… So what if l’auteure ne fait pas dans le naturalisme ou le journalisme d’investigation, on est pas dans du Zola !

En conclusion : le vrai sujet, le vrai phénomène, c’est une revendication, encore timide car indirecte mais bien réelle (40 millions d’achats quand même) au plaisir solitaire sans complexe (car de masse et médiatisé, non caché), pour les femmes.

Tit’Anne

Update du 18/01/2013 : shocking news : « La France plébiscite Fifty Shades » !! Et ils s’imaginent quoi les ricains, que Marc Dorcel faisait partie de la nouvelle vague et que Clara Morgane était une courtisane de Louis XIV?

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1 comment for “J’ai lu « Fifty Shades » et j’ai aimé ça (#sorryfeminists)

  1. Layo
    11 novembre 2012 at 19 h 11 min

    :) !
    Pour étayer mon commentaire, je me permets de reprendre une phrase que j’ai beaucoup aimé : « Et si on commençait par nous lâcher les tétons. »

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