J’m / J’m pas – Le grand secret

Il ne s’agit pas ici de faire la critique du roman de Barjavel (que j’aime beaucoup par ailleurs) mais de vous parler d’une de mes lecture passionnante _ éclairante _ de cet été. Le bouquin en question s’appelle « What do women want? » et est écrit par Daniel Bergner. 

Mesdames, il est temps pour vous d’avoir une conversation sérieuse avec votre libido. Alors oui j’en conviens, vous avez vos susceptibilités, votre libido aussi, des noms d’oiseaux risquent d’être échangés, votre fierté devra probablement aller voir ailleurs si vous y êtes et des désillusions sont inévitables. Il en va cependant de votre bien être et du bien commun.

Afin de vous y préparer je vous conseille de lire « What do women want?« . Vous apprendrez au fil des pages à vous débarrasser d’un certain nombre de préjugés que les dernières études scientifiques sur la sexualité féminine contredisent.

Par exemple, sachez que vous faîtes feu de tout bois. Permettez-moi en effet de vous exposer ici une des expériences relatées dans le bouquin.

S’il n’existe pas à ma connaissance de protocole expérimental permettant de mesurer les sentiments, il en existe pour mesurer le désir. Voici celui mis en place par une certaine Meredith Chivers : faire visionner à un échantillon significatif de femmes, se déclarant hétérosexuelles ou homosexuelles, plusieurs séquences de porno d’une minute trente, entrecoupées de scènes dites « neutres » (type un paysage montagneux) sensées ramener les sujets à leur état d’excitation initial (c’est à dire a priori nul car sans stimulation). Concrètement, les femmes sont placées sur un fauteuil confortable (du genre des fauteuils de Joey et Chandleur dans Friends), un plethysmographe (une sorte de tube transparent dans lequel on place un émetteur/capteur de lumière) dans le canal vaginal, et regardent des scènes de fesses. Sympa non? Pas moins sérieux pour autant. Si j’ai bien compris, le plethysmographe émet de la lumière et capte la lumière réfléchie par les parois vaginales. Cela permet de mesurer le volume du canal. Lorsqu’il y a afflux sanguin (et donc d’excitation), les parois vaginales se gonflent et il y lubrification et donc réflexion de la lumière. Voici donc la mesure physiologique du désir féminin.

Pour apporter un petit twist intéressant, il est par ailleurs demandé aux sujets d’auto évaluer leur niveau d’excitation vis à vis de chaque scène.

Les scènes visionnées sont de nature suivante : pornographie hétérosexuelle, homme nu et musclé se baladant sur la plage, pornographie lesbienne, pornographie gay, masturbation féminine, masturbation masculine et… accouplement de bonobos.

Les résultats obtenus par la chercheur lui ont paru si surprenant qu’elle a augmenté la taille de son échantillon de sujets. Puis a étendu son expérience aux hommes (pour lesquels le plethysmographe a bien entendu une autre forme mais le principe est toujours le même, on mesure l’afflux sanguin).

Mesdames, vous êtes peut-être mystérieuses, complexes, sentimentales, exigeantes, sélectives… Mais il se trouve que votre libido est beaucoup moins difficile que vous.

Elle est étonnamment « omnivore » comme écrit l’auteur. Toutes les scènes (oui, toutes, même les bonobos) ont créé un certain niveau d’excitation chez les femmes avec de légères variations entre femmes hétérosexuelles et homosexuelles. Une constante amusante : l’accouplement de bonobos a obtenu un meilleur score que le beau gosse se baladant fesses à l’air sur la plage. Plus triste, vous ne savez pas ce que vous désirez. L’auto évaluation révèle en effet une distorsion totale entre excitation déclarée et mesurée. Est-ce inconscient, est-ce de l’auto censure? L’expérience ne le dit pas. D’autres expériences ont cependant montré l’influence pour les femmes du regard de l’autre sur leurs réponses à des questions sexuelles. Regard qui n’a absolument pas le même poids pour les hommes.

Au terme de la même expérience, les hommes ont quant à eux fourni des auto évaluation de leur excitation parfaitement en accord avec les mesures physiologiques. Vous ne serez pas surprise d’apprendre que ce qui excite le plus ces messieurs hétérosexuels est le porno lesbien, un peu plus surprenant le porno gay se place au dessus de la scène de masturbation masculine, et enfin l’accouplement de bonobos fait autant d’effet qu’un fond d’écran windows (i.e aucun). Ces messieurs homosexuels préfèrent le porno gay, aiment moins les scènes purement féminines et ne sont pas émus non plus par les bonobos.

Ces résultats ont le mérite de briser le mythe de la femelle protectrice, qui sélectionne les meilleurs gènes pour avoir la meilleure descendance possible. La femme d’intérieur, le foyer, la caution « naturelle » de la monogamie. Il semblerait que notre société patriarcale a mis des mots dans la bouche de la nature avant de l’écouter (ou de l’observer). L’homme a masqué son ignorance avec ce genre de légende. La violence symbolique selon Bourdieu.

(Rappelons par ailleurs, fait d’une tristesse infinie, que l’homosexualité a été retirée de la liste des maladies mentales en… 1973.)

Le champ de recherche est immense et les questions encore nombreuses. Le biais de l’acquis est au coeur de ces questionnements et rien ne doit être pris pour argent comptant. Il est impossible d’interpréter ses résultats d’une et une seule manière à ce stade de connaissances. Les femmes sont-elles plus facilement « excitables » que les hommes comme semble le prouver l’expérience de Chivers? Ou est-ce que les hommes ont une excitation plus sélective car leur libido est davantage conditionnée? En effet si le comportement des femmes vis à vis de la sexualité est fortement orienté par la société, les hommes sont quant à eux beaucoup plus sujet à un matraquage sexuel. La libido masculine représente un marché surexploité, suranalysé par les industries concernés, et sur segmenté (il n’y a qu’à voir le nombre de catégories sur youporn), si bien que je me demande si leur libido n’est pas directement conditionnée par ce qu’ils consomment. Lorsque les femmes seront considérées comme un marché équivalent, il est probable que l’approche capitaliste du sexe tente de mettre chacune d’entre nous dans une case, un segment de marché. Notre libido sera peut-être alors plus sélective, en cohérence avec notre consommation, et notre auto évaluation plus en ligne avec la « réalité » (car pour que le marché de la sexualité féminine il faudra nécessairement passer par son acceptation_voire son exacerbation).

Quoi qu’il en soit, au delà de la destruction des mythes qui pèsent sur notre sexualité (via une collection de résultats d’expériences plus étonnants les uns que les autres : non les femmes ne sont pas plus « cérébrales » pour le sexe, non les femmes ne sont pas plus fidèles, non les femmes n’ont pas plus besoin que les hommes d’une connexion sentimentale pour désirer, etc.), ce livre met en lumière un adversaire redoutable qu’il faudra apprivoiser pour connaître la réponses à toutes ces questions : la peur.

Avez-vous déjà vu l’épisode de Masters of Sex, dans lequel William Masters expose à ses confrères les résultats de ses recherches, qui prouvent notamment que l’orgasme clitoridien est équivalent, voire dans certains cas supérieur (en termes de mesures physiologiques) à ce que l’on appelle un orgasme « vaginal » et voit ses confrères le conspuer et quitter la salle? Il était en effet impensable à l’époque qu’une femme puisse se satisfaire seule, aussi bien voire mieux encore qu’avec son partenaire du sexe opposé. L’homme devenu inutile pour le plaisir féminin. Quelle pensée divergente…

Eh bien on peut imaginer une scène équivalente lors de la présentation du Lybridos à la Food & Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis. Ce médicament « révolutionnaire » (présenté comme la solution à la fidélité, et donc permettant de se satisfaire artificiellement de la monogamie… pire, serait une solution à la baisse de désir liée à la consommation d’antidépresseurs… on se croirait bien dans le Grand Secret), sensé stimuler le désir féminin de manière spectaculaire, a apparemment fait craindre tous les débordements.

Une couverture du New York Magazine témoigne d’une vision apocalyptique des répercussions d’une drogue qui agit directement sur le désir. Je vous laisse juger par vous-même :

Verdict : ce bouquin est essentiel. Si j’ai une fille un jour je lui offrirai. Si je ne savais pas quoi faire de mon argent je le distribuerais à mes proches. Je ne saurais trop insister : à lire! 

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