« Le problème de la France, c’est qu’elle réfléchit trop »

 

Il avait des yeux menthe à l’eau, la peau caramel et les cheveux blonds 1664. Un physique avantageux donc, malgré une petite insuffisance d’altitude (aller, 10-15cm pas plus), rattrapée par des biceps voluptueusement moulés dans un polo rose tagada. « Miam! » me direz-vous.

Sauf que….

Sauf qu’entre un honnête verre de Brouilly et une rafraichissante bouchée de tartare de thon, le pavé fut lâché. « Le problème de la France, c’est qu’elle réfléchit trop ». A cet instant fut scellé le destin de mon premier rendez-vous adoptunmec. Il serait seul et unique.

Un peu de contexte pour faire justice à cette expérience orpheline:

Ce bon monsieur, charmant au demeurant, travaille au palais Bourbon. Il m’explique qu’une partie importante de son travail est d’être parfaitement au fait de l’actualité, et ce même chez lui, toujours branché sur i-télé et BFM TV.

Ce à quoi je réponds, en toute candeur et sincérité : (“Ben moi en ce moment je suis à fond sur la dernière saison de Dexter”) “Je ne suis pas très intéressée par l’actualité pure. Je préfère les analyses… Tu connais le site Slate ? »  (alors oui, peut-être y avait-il ici un peu de provocation de ma part, un peu d’esprit de contradiction, un peu d’infantilisme mais en même temps c’était la vérité, l’actualité me barbe).

Il n’a pas répondu. Peut-être a-t-il voulu éviter de partager son opinion de Slate pour ne pas me heurter. Ou, peut-être n’a-t-il pas osé dire qu’il ne connaissait pas (est-ce possible? le politique parisien peut-il ne pas connaître?).

Il a préféré enchaîner avec sa réplique magique sur la France qui pense trop. Complétée d’une remarque du genre « Il faut agir! ».

J’aurais pu lui rétorquer que Slate faisait beaucoup d’analyses à la con (pour mon plus grand plaisir) pour me défendre de tout intellectualisme (le fait que ceci me traverse même l’esprit me donne la chair de poule).

OU J’aurais pu répondre que c’était complètement con de dire une chose pareille. Mais comment, sans insulter son intelligence d’une manière ou une autre? Et sans risquer d’ouvrir la porte à un certain discours « décomplexé » qui m’aurait fait vomir mon fondant au chocolat.

Mais tout ceci était de ma faute. J’ai été doublement naïve :

– Tout d’abord j’ai pensé que pour un premier rancart les orientations politiques ne devaient pas compter (extrêmes exclus) –> WRONG

– Ensuite, j’ai cru que le politique n’était qu’un costume de travail. Je pensais que le discours téléphoné, la langue de bois, les slogans et autres phrases chocs étaient réservés à la vie publique. Des outils de travail en somme. Je n’imaginais pas qu’il viendrait avec sa boîte à outil. –> WRONG AGAIN

Le pauvre n’est pas tombé sur la bonne candidate. Il se trouve que le discours simpliste, homogène et rassurant qui permet d’entraîner les foules dans l’euphorie de la certitude me débecte. Se rallier à la parole d’un autre pour ne pas réfléchir, exprimer ses angoisses plus que ses opinions, et s’auto congratuler de ne pas se mettre de barrière. Tout ceci est affligeant. Ce qui est décomplexée dans l’affaire, c’est la bêtise.

Ceci dit, mis à part ça, j’ai passé une « charmante » soirée. Le restau était très sympa.

Titanne

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